Une église dans la région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004.
Le lac Seliguer, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004.
Isba - Krasnoïarsk - Photo : Elena Jourdan
Isba - Irkoutsk - Photo : Elena Jourdan
La place centrale de Torjok, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004.
Près d'Ekatérinbourg, le mémorial à la famille impériale. Photo Elena Jourdan
"Entrée dans Jérusalem" (fresque) - Exposition au monastère Novodevitchi, Moscou - Photo : Elena Jourdan
Paysage de Khakassie - Photo : Elena Jourdan
Irkoutsk - Photo : Elena Jourdan
La tombe de Chaliapine - Cimetière du monastère Novodevitchi, Moscou - Photo : Elena Jourdan
Le cours du Ienissï, dans les monts Sayans - Photo : Elena Jourdan
Krasnoïarsk - Parc naturel "Stolby" - Photo : Elena Jourdan
Entre Moscou et l'Oural, vue du train. Photo Philippe Comte, été 2004.
Isba - village de Koultouk - lac Baïkal - Photo : Elena Jourdan
La Moscova et la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou, depuis le parc Gorki. Photo Philippe Comte, été 2004.
La Moscova à Moscou, monument à Pierre le Grand de Tsérétéli. Photo Philippe Comte, été 2004.
Un lac dans les Sayans - Photo : Elena Jourdan
Lac Baïkal - île d'Olkhon - Photo : Elena Jourdan
Paysage typique - Sibérie- Photo : Elena Jourdan
Un village dans la région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004.
Le monastère de Torjok, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004.
Isba restaurée - Irkoutsk - Photo : Elena Jourdan

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France / Russie : une longue relation littéraire

lundi 4 mai 2009


L’interview qui suit est extrait des Chroniques de la BnF d’avril 2005 parues à l’occasion du salon du livre à Paris dont la Russie était l’invité d’honneur. Une copie au format PDF est disponible à la fin de l’article.


En marge du Salon du livre, où la BnF est présente comme de coutume, un bref retour sur l’histoire littéraire des relations France-Russie, avec l’éditeur Michel Parfenov (Editions Solin et Actes Sud).

Tout ce qui touche à la Russie est perçu en France de façon passionnelle. Dès le XVIIIe siècle, Voltaire et Diderot ont exprimé leur vision de ce vaste territoire mystérieux, dressant de la Russie de Catherine II un tableau séduisant, celui d’un grand pays désireux de s’ancrer à l’Europe et animé d’une farouche volonté de modernisation. Stendhal, pendant la campagne de Russie napoléonienne de 1812, constatait avec surprise l’omniprésence des œuvres de Voltaire dans tant de belles demeures promises à la destruction lors du pillage de Moscou, mais aussi le peu d’influence exercée par la philosophie des Lumières sur la monarchie absolue des Tsars.

A la suite de la Révolution libérale de 1830, un voyageur, le marquis Astolphe de Custine, monarchiste hostile aux idées révolutionnaires, part vers une Russie qu’il a idéalisée et en ramène un témoignage qui sera reçu en France comme une bombe : La Russie en 1830 fait voler en éclat tous ses a priori. Custine y décrit un peuple barbare, une vie désespérante, un despotisme opprimant les individus. Il semble ignorer Pouchkine qui incarne le débat émergent en Russie après la répression du coup d’Etat manqué de décembre 1825… C’est là une image d’eux-mêmes que les Russes abhorrent, et qui montre l’impossibilité de parler sereinement de la Russie. Son ouvrage fait pourtant figure de référence pendant un siècle et demi et finira par être publié intégralement après la fin de l’URSS.

Plus proche de nous, Melchior de Vogüe, écrivain ayant séjourné en poste diplomatique à Saint-Pétersbourg, a contribué à faire connaître, dans son ouvrage sur Le Roman russe (1886), de grands écrivains comme Dostoïevski, ou encore Tolstoï, exemple emblématique de l’imprégnation de la culture française, qui dut réécrire des dialogues entiers de son Guerre et Paix parce qu’ils comportaient trop de passages en français. C’est à travers lui qu’André Gide a découvert la littérature russe. Lorsque Gide, pourtant bienveillant à l’égard de l’Etat soviétique, fait le voyage vers l’URSS, il en rapporte dans son Retour de l’URSS (1936) une position plus nuancée, mêlant dans ses analyses fascination et rejet… A la différence de Pierre Pascal, parti en Russie en 1915 avec la mission militaire française, vite rallié aux Bolchéviques et qui, en 1925, reviendra profondément déçu en France où il deviendra l’un des maîtres de l’étude du russe.

Des Russes qui choisissent la France pour vivre et écrire

Après la Révolution de 1917, le versant russe de cette relation avec la France se cristallise autour des écrivains de l’émigration ou de manuscrits transfuges. Raymond de Ponfilly en fait largement état dans son Guide des Russes en France. Citons Marina Tsvetaïeva, parfaitement francophone, qui vécut 18 ans en France ; Vladimir Nabokov, virulent détracteur du nazisme et du stalinisme, qui passa plusieurs années à Paris avant de s’installer aux Etats-Unis et de prendre la nationalité américaine… Ou encore Nina Berberova redécouverte par Hubert Nyssen, le fondateur d’Actes Sud.

A travers les rencontres du Studio franco-russe, les écrivains russes ont entretenu des échanges féconds et réguliers avec les Français André Malraux, François Mauriac, Roger Martin du Gard, Brice Parain. Et Marcel Péguy "se faisait un devoir" de rappeler l’existence en France d’écrivains de l’émigration tels qu’Ivan Bounine, Prix Nobel, qui publia en 1943 un recueil de nouvelles sur Paris… L’Archipel du Goulag de Soljénitsyne (dont le manuscrit parvint par des voies détournées à son éditeur à Paris, Nikita Struve) a été imprimé en 1973 chez le frère du danseur Serge Lifar, qui exprimera le souhait que les trois tomes de cet ouvrage soient placés dans son cercueil.

De grands écrivains russes continuent à choisir de vivre et d’écrire en France. C’est le cas de Vassili Axionov qui, avec son premier roman Confrères, a connu une gloire immédiate en 1960. Après une vingtaine de romans et de nouvelles, il publie aujourd’hui A la Voltaire qui raconte une rencontre imaginaire entre Voltaire et Catherine II de Russie, tsarine libérale avec laquelle Voltaire entretint jusqu’à sa mort une correspondance. S’il faut en croire la critique, Voltaire et son goût de la tolérance et de la justice, n’ont jamais vraiment quitté le cœur des Russes.

Les lecteurs français sont périodiquement invités à redécouvrir la littérature russe. Et si, pendant la perestroïka, la nouvelle édition russe a encore puisé dans le patrimoine français, notamment avec des tirages à cinquante millions d’exemplaires d’Angélique marquise des Anges, désormais toutes les maisons d’édition françaises ont un département de littérature russe. Si la littérature est moins achetée, elle est redevenue littéraire. Mais elle reste encore trop peu connue du public français, faute d’avoir été promue par les médias qui, trop souvent, restent fascinés par la quête d’une improbable "âme russe".

Marie-Noële Darmois


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Chroniques de la BnF - Collections russes


Un lac dans les Sayans - Photo : Elena Jourdan


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