Le monastère de Torjok, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. Près d'Ekatérinbourg, le mémorial à la famille impériale. Photo Elena Jourdan Lac Baïkal : lieu chamanique sur l'île d'Olkhon - Photo : Elena Jourdan Un lac dans les Sayans - Photo : Elena Jourdan Isba - village de Koultouk - lac Baïkal - Photo : Elena Jourdan Irkoutsk - Photo : Elena Jourdan "Entrée dans Jérusalem" (fresque) - Exposition au monastère Novodevitchi, Moscou - Photo : Elena Jourdan Isba - Irkoutsk - Photo : Elena Jourdan Le lac Seliguer, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. La source de la Volga, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. La place centrale de Torjok, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004.
Paysage de Khakassie - Photo : Elena Jourdan La Moscova et la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou, depuis le parc Gorki. Photo Philippe Comte, été 2004. Krasnoïarsk - Parc naturel "Stolby" - Photo : Elena Jourdan Une église dans la région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. "Na prestole" (fresque) - Exposition au monastère Novodevitchi, Moscou - Photo : Elena Jourdan Lac Baïkal - île d'Olkhon - Photo : Elena Jourdan Isba - Krasnoïarsk - Photo : Elena Jourdan Lors du concours de lutte traditionnelle "hourej", dans la République de Touva - Photo : Elena Jourdan Un village dans la région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. La tombe de Chaliapine - Cimetière du monastère Novodevitchi, Moscou - Photo : Elena Jourdan Isba restaurée - Irkoutsk - Photo : Elena Jourdan

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Appel à communications : « Comment écrire une nouvelle histoire de la littérature russe ? »

mardi 11 décembre 2018, par Sylvette Soulié


« Comment écrire une nouvelle histoire de la littérature russe ? »

Journée d’études le 17 avril 2019

Institut d’Études Slaves, Paris

Appel à communication

« L’histoire et la littérature peuvent être autre chose l’une pour l’autre qu’un cheval de Troie », assure Ivan Jablonka dans L’histoire est une littérature contemporaine, ouvrage destiné à montrer qu’il est possible de dépasser le clivage méthodologique entre les deux disciplines. Or ce n’est pas chose facile, et si l’écriture de l’histoire est une entreprise périlleuse, l’écriture d’une histoire de la littérature – d’une histoire des histoires, en quelque sorte, – l’est encore plus.
C’est pourquoi, sans doute, des artifices ont été employés au fil des siècles pour l’écrire. En terrain russe, à en juger par les ouvrages existants , l’histoire de la littérature russe se donne à lire d’abord comme des coupes traitant de telle ou telle période (les XVIIIe, XIXe ou XXe siècles, le premier quart du XIXe ou sa deuxième moitié, la première ou la deuxième moitié du XXe siècle). En suivant ainsi une chronologie historique et politique, ces travaux stipulent, sans forcément l’interroger, la relation étroite entre littérature et histoire, a fortiori lorsque l’attention de l’historien de la littérature se concentre sur des périodes dites « charnières » , rubeži et autres « fractures » qui fournissent de l’eau au moulin d’une vision « progressive » et déterministe de la littérature.
Dans les dernières décennies, plusieurs entreprises d’écriture d’histoire de la littérature différentes ou alternatives ont vu le jour en Russie et en Occident, devenant, pour certaines, des ouvrages de référence , sans vraiment remplacer, en France, le modèle canonique de l’Histoire de la littérature russe d’Efim Etkind, Georges Nivat, Il’ja Serman et Vittorio Strada, publiée chez Fayard. Tous ces travaux ont en commun de vouloir remettre en question un modèle d’écriture de l’histoire de la littérature qui privilégierait une seule approche téléologique, d’ouvrir la voie à une interrogation sur ce qu’est la littérature et le littéraire et d’adopter une perspective qui parvienne à l’équilibre entre la diachronie et la synchronie afin de considérer au plus près les processus de création, de diffusion des textes, de leur lecture et de leur réception, quitte à sacrifier l’envergure d’une étude historique à l’analyse précise d’un phénomène littéraire, d’un texte ou d’une personnalité .
Il existe aussi des tentatives, parfois très irrévérencieuses , d’écrire de nouvelles histoires de la littérature russe qui, pour la plupart, sont symptomatiques de l’état actuel des connaissances sur la littérature russe disponibles pour le grand public et du poids d’une réception déterminée par les programmes scolaires – qui ont participé à forger le « canon littéraire » russe – depuis deux ou trois siècles : le phénomène de l’écriture d’une histoire de la littérature russe par les écrivains contemporains est en ce sens exemplaire .

S’il y a tant de méthodes et d’approches, si l’histoire de la littérature russe fait l’objet de débats parfois houleux, c’est parce que les histoires de la littérature servent souvent plusieurs objectifs : transmettre un patrimoine, savoir situer des œuvres dans leur contexte, comprendre les trajectoires des auteurs et la place de leurs œuvres dans l’histoire, déterminer, enfin, leur modernité et leur culture par rapport à un passé qu’il n’est pas toujours aisé, en Russie, de recouvrer dans son intégralité, tant « l’histoire de la littérature soviétique [a pu être] une série de tabous en évolution permanente ».
Or il faudrait avant tout tenter de répondre à des questions centrales qui président à la rédaction de toute histoire de la littérature : qu’est-ce que « la littérature » dans l’expression « histoire de la littérature » ? Pourquoi écrit-on des histoires de la littérature de tel ou tel pays et, plus spécifiquement, de la littérature russe ? Comment déterminer ce qui, dans la littérature, « fait histoire » ? L’histoire de la littérature est-elle (ou peut-elle être) une science ?
C’est pour répondre à ces questions que nous souhaitons inviter les chercheurs, slavistes et comparatistes, à réfléchir aux différentes manières d’écrire l’histoire de la littérature russe et, à terme, proposer éventuellement une méthodologie alternative qui tienne compte de plusieurs difficultés :
- Comment écrire une histoire de la littérature qui ne soit pas une histoire des grands noms, une histoire de périodes plus ou moins arbitrairement déterminées, ni une histoire focalisée sur un concept ?
- Comment éviter l’écueil téléologique de l’écriture de l’histoire ? Comment donner une cohérence à la narration tout en évitant d’écrire une histoire du progrès, du développement, ou un roman national ?
- Comment, à l’inverse, donner une cohérence narrative au chantier archéologique que représenterait la prise en compte de tous les événements de la vie d’un texte et de son auteur ? Car, comme l’a joliment formulé Roman Timenčik dans son dernier livre sur Gumilev, « lorsque nous éprouvons des difficultés à résoudre la question éternelle “Comment écrire l’histoire de la littérature”, nous devons nous rappeler qu’une historiographie de ce type se compose d’un nombre incalculable de coupes synchroniques de cette histoire (parfois journalières), de ces “brisures pétrifiées de l’été d’il y a deux ans”, selon le mot du poète ».

En effet, nous gageons que le concept de « perspective réelle » (real’naja perspektiva) développé par A.I. Rejtblat est une des clefs permettant d’ouvrir des horizons nouveaux. En s’intéressant à l’impact réel qu’a eue telle ou telle œuvre sur son public au moment de sa publication, la sociologie de la littérature s’attache à déceler les « mécanismes d’interaction entre les différentes composantes de la littérature » et offre aux chercheurs en littérature la possibilité d’étudier ce que les formalistes ont baptisé la « vie littéraire » (literaturnyj byt) et le « fait littéraire » (literaturnyj fakt). Loin d’espérer que ces concepts offrent la solution à tous les problèmes que pose l’écriture d’une histoire de la littérature russe, nous pensons qu’une histoire du fait littéraire, même incomplète, permettrait de faire la lumière sur plusieurs aspects de la création littéraire simultanément : personnel / biographique, historique et technique.
Enfin, le champ d’investigation offert par une histoire de la vie littéraire qui prenne en compte avant tout le contexte historique, les lieux de création artistique, les affinités électives des écrivains entre eux et leurs « conversations » au sens que Mandel’štam a pu donner à ce terme, nous semble fécond.

Nous aimerions nous fixer les objectifs suivants : dans un premier temps, il s’agit de réévaluer les critères existants de ce qui fait histoire en littérature et de réfléchir aux aspects théoriques associés à l’entreprise d’écriture d’une histoire de la littérature russe. Les critères qui seront mis en lumière serviront, dans un deuxième temps, à l’élaboration d’un projet concret d’écriture d’une nouvelle histoire de la littérature russe.
Ainsi, avant d’aller plus loin, nous souhaitons aborder les points suivants au cours de la journée d’études :

- L’historiographie de la littérature russe, en Russie et à l’étranger.
- Histoire de la littérature et identité nationale.
- Le canon littéraire russe : son histoire et les enjeux de sa formation, ses détracteurs et critiques.
- Les classiques russes et leur enseignement, entre programmes scolaires et chrestomathies.
- Les frontières du corpus de la littérature russe : les « produits dérivés » de la littérature comme les adaptations cinématographiques, les bandes-dessinées, les jeux, ou les productions folkloriques comme les histoires drôles font-ils partie de la littérature russe ?
- Historisme, sociologisme, matérialisme et autres -ismes dans l’écriture de l’histoire de la littérature russe au XXe siècle et leur remise en question.
- Théories et pratiques d’écriture des histoires de la littérature en terrain russe
- L’histoire de la littérature russe : discipline, science ?
- Littérature russe et histoire de la lecture.

Les propositions de communication (1500 signes), en français, doivent être envoyées avant le 20 janvier 2019 à l’adresse suivante : workshophlr@gmail.com

Comité d’organisation : Laetitia DECOURT, Daria SINICHKINA, Rodolphe BAUDIN

Les frais de la journée d’études (repas et nuit d’hôtel pour les intervenants non parisiens, hors frais de transport), seront pris en charge par Sorbonne Université.

La journée d’études est organisée par Sorbonne Université – Faculté des Lettres et le laboratoire EUR’ORBEM (UMR 8224).

Pour plus de détails sur le laboratoire cliquer ici



La source de la Volga, région de Tver. Photo Philippe Comte, été (...)


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Directeur de publication : Armelle Groppo, Pr�sidente de l'AFR
Webmestre : Sylvette Souli�