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Appel à communications : Poésie russe et poésie américaine : croisements et circulations (fin du XIXe siècle à nos jours)

dimanche 10 novembre 2019, par Sylvette Soulié


Appel à communications : Poésie russe et poésie américaine : croisements et circulations (fin du XIXe siècle à nos jours)

Université Toulouse Jean Jaurès
2, 3, 4 juin 2021

Sur le socle du monument à Walt Whitman érigé à Moscou, on lit en russe et anglais les mots suivants extraits d’une lettre du poète américain : « Vous les Russes et nous les Américains !... Si loin les uns des autres, en apparence si différents, et pourtant… sur l’essentiel, nos pays se ressemblent tant ».
L’ambition de ce colloque est de sonder ces ressemblances essentielles indiquées par Whitman, par-delà la distance géographique et culturelle. Et si, de fait, durant la plus grande partie du XXe siècle, cet écart, devenu politique et idéologique, a entravé la circulation des hommes et des textes, les poésies russes (ou soviétiques) et américaines ont continué de s’intéresser l’une à l’autre, voire d’exercer une fascination souvent réciproque. Nous nous proposons d’examiner ces liens, les manières dont ils ont pu être déformés par le contexte politique, par la censure, mais aussi comment ils ont toujours su se réinventer.

1. Des canons

Que lisent les Américains de la poésie russe, que lisent les Russes de la poésie américaine ? Quels textes sont considérés comme des classiques ? Il est d’usage de distinguer le canon institutionnel du canon des écrivains. Or dans le contexte soviétique, cette distinction acquiert une pertinence accrue : ce qui est traduit, diffusé, enseigné, relève d’une politique d’état très organisée (Institut Gorki, Éditions de la littérature mondiale, manifestations officielles, comme l’accueil des écrivains noirs américains), tandis que certaines œuvres, parce qu’elles échappent aux prescriptions officielles, gagnent en prestige auprès de quelques écrivains (par exemple les poètes beat pour Evtouchenko et Voznessenski). Quel est donc ce canon souterrain ? Le canon de la poésie russe aux États-Unis est-il également très polarisé ? Des poètes, interdits en URSS, sont au contraire édités aux États-Unis, parés des prestiges de la dissidence, alors que certaines références soviétiques canoniques (Maïakovski) prennent une forte valeur subversive dans le contexte du maccarthysme et de la méfiance généralisée envers le communisme. Ces références relèvent-elles encore de la même culture pour les lecteurs américains ?
La question ne concerne pas seulement l’édification d’un canon des contemporains, mais porte aussi sur les textes légués par les siècles passés. On s’intéressa alors à la constitution d’anthologies poétiques et d’histoires littéraires. On notera par exemple que les histoires de la littérature russe ont souvent été écrites en anglais par des Russes émigrés (tel le fameux ouvrage de D. S. Mirski), dont on pourra chercher à mesurer les partis pris et l’influence.
Réfléchir à la constitution de ces canons pose aussi la question de la tension entre une conception nationale et une conception mondiale de ceux-ci : la littérature américaine comme la littérature russe se sont interrogées très consciemment sur leur propre rôle dans l’élaboration d’une conscience nationale, d’une identité collective, qu’elles tentent et ont tenté de définir. Le « poète national » joue un rôle particulièrement fort dans ces deux cultures. Or c’est dans la jeune Union soviétique que s’est définie une certaine idée de la littérature mondiale, qui a posé l’exigence d’un canon international. Comment national et international se conjuguent-ils alors ?

2. Voies de la circulation et de la transmission

Comment les textes circulent-ils ? Quels sont les chemins, officiels et clandestins, de leur diffusion ? En quoi celle-ci est-elle liée aux destins et aux déplacements des hommes eux-mêmes (voyages officiels, tel celui de Maïakovski en Amérique en 1925, ou privés, migrations, exils) ? Sans exclure les cas très connus de Nabokov ou de Brodsky, on s’attachera à éclairer des figures moins étudiées. On pourra par exemple s’intéresser aux migrations de poètes yiddishophones : avec ces émigrés juifs, c’est tout un pan d’une autre Russie qui vient nourrir la création américaine (rôle du journal Forverts). Plus largement, on pourra chercher qui a fait office d’intermédiaire pour favoriser les passages entre Russie et les États-Unis. De nombreux poètes américains descendent de l’immigration russe (Marya Zaturenska, Allen Ginsberg, Howard Nemerov, Louis Simpson) : leur œuvre porte-t-elle la trace de la poésie russe, la mémoire d’une langue russe, qu’ils ne parlent pourtant pas forcément ? Si Nabokov et Brodsky ont changé de langue, des poètes émigrés font le choix aux États-Unis d’écrire en russe et l’on pourra s’intéresser aux petites maisons d’édition qui les publient.
Par ailleurs, des institutions, des éditeurs, des revues et autres organes communistes ont joué un très grand rôle au XXe siècle pour les échanges poétiques russes et américains (la revue New Masses par exemple). On se demandera donc comment ces institutions hautement politisées exercent un contrôle sur la production poétique elle-même. Inversement, les textes peuvent circuler de manière non-officielle, voire clandestine. Par quels canaux les poètes russes interdits dans leur propre pays parviennent-ils à être publiés aux États-Unis ? Le samizdat a-t-il pu contribuer à la diffusion d’œuvres américaines censurées en Union soviétique ?

3. Traductions et monuments

Comment traduire de la poésie américaine vers la poésie russe, comment traduire de la poésie russe vers la poésie américaine ? L’une a largement adopté le vers libre, lorsque l’autre a continué à pratiquer presque exclusivement des vers mesurés. Dès lors, les questions poétiques que pose toute traduction se trouvent exacerbées. Quels choix sont opérés par les traducteurs en termes de mètres et de rimes ? En outre, ce sont souvent des poètes eux-mêmes qui ont entrepris de faire œuvre de traduction. Les poètes soviétiques étaient souvent chargés de traductions de commande. Inversement, des poètes américains très connus du grand public (Robert Lowell, W. S. Merwin), ne maîtrisant pas nécessairement le russe, ont participé à des anthologies qui ont fait date, ou proposé des traductions au statut complexe (telle les « imitations » de Pasternak par Lowell). Comment donc se rencontrent des voix poétiques parfois très éloignées dans la traduction, peut-il exister ce qu’on pourrait appeler un « métabolisme textuel » ?
On remarque aussi que beaucoup de poètes américains ont écrit des poèmes d’hommage, des tombeaux pour des poètes russes (Lowell pour Akhmatova ou Gjertud Schnackenberg pour Mandelstam) : ce genre de poèmes repose beaucoup sur la citation ou la récriture, dont les enjeux sont assez proches de ceux de la traduction poétique. Comment la création poétique elle-même assure-t-elle la transmission des textes d’une autre culture, dans l’espace et dans le temps ?

Les propositions de communication (une page, en anglais ou en français) sont à adresser avant le 30 avril 2020 à Claire Gheerardyn (claire.gheerardyn@gmail.com) et à Delphine Rumeau (delphine.rumeau@gmail.com)



La place centrale de Torjok, région de Tver. Photo Philippe Comte, été (...)


Éditeur du site : Association Française des Russisants
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