Irkoutsk - Photo : Elena Jourdan La source de la Volga, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. Paysage de Khakassie - Photo : Elena Jourdan Un lac dans les Sayans - Photo : Elena Jourdan Lac Baïkal : lieu chamanique sur l'île d'Olkhon - Photo : Elena Jourdan Isba restaurée - Irkoutsk - Photo : Elena Jourdan Isba - village de Koultouk - lac Baïkal - Photo : Elena Jourdan Le cours du Ienissï, dans les monts Sayans - Photo : Elena Jourdan "Entrée dans Jérusalem" (fresque) - Exposition au monastère Novodevitchi, Moscou - Photo : Elena Jourdan La place centrale de Torjok, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. Le monastère de Torjok, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004.
Krasnoïarsk - Parc naturel "Stolby" - Photo : Elena Jourdan La Moscova à Moscou, monument à Pierre le Grand de Tsérétéli. Photo Philippe Comte, été 2004. Une église dans la région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. "Na prestole" (fresque) - Exposition au monastère Novodevitchi, Moscou - Photo : Elena Jourdan Entre Moscou et l'Oural, vue du train. Photo Philippe Comte, été 2004. Un village dans la région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. Isba - Irkoutsk - Photo : Elena Jourdan Lors du concours de lutte traditionnelle "hourej", dans la République de Touva - Photo : Elena Jourdan Lac Baïkal - île d'Olkhon - Photo : Elena Jourdan Près d'Ekatérinbourg, le mémorial à la famille impériale. Photo Elena Jourdan La Moscova et la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou, depuis le parc Gorki. Photo Philippe Comte, été 2004.

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La Revue russe 65 - Résumé des articles

mercredi 24 décembre 2025, par Richard Brunet


Nadia Albertini
La broderie de perles de verre du palais d’Oranienbaum

Au XVIIIᵉ siècle, la Russie impériale adopte la vogue européenne des chinoiseries, illustrée par le somptueux Palais chinois d’Oranienbaum, décoré sous Catherine II. Inspirés par les dessins de Jean Pillement, les panneaux brodés du cabinet des perles allient raffinement rococo et exotisme oriental. Réalisés entre 1762 et 1764, ils furent conçus par une directrice française, Marie de Chelles, et exécutés par neuf brodeuses russes, symbolisant la rencontre entre savoir-faire français et artisanat impérial. La broderie mêle des fils de chenille de soie et plus de deux millions de perles de verre provenant d’une manufacture locale. Cette technique, héritée des couvents français du XVIIᵉ siècle, fut adaptée avec virtuosité dans un contexte princier. L’ensemble témoigne du rôle central des femmes dans la création textile et des circulations culturelles entre France et Russie.
En 2025, la manufacture Prelle à Lyon réinterprète l’un de ces panneaux en tissage de soie et d’argent, perpétuant l’esprit du XVIIIᵉ siècle. Ce projet allie tradition et innovation, transformant un chef-d’œuvre du passé en manifeste contemporain du patrimoine textile.

Carole Damour
Catherine II et les splendeurs de la soierie lyonnaise

Au XVIIIᵉ siècle, Catherine II de Russie, grande intellectuelle passionnée par les arts, souhaite que son pays rivalise avec les plus grandes cours européennes et met en œuvre une modernisation de la culture sous toutes ses formes en s’inspirant des Lumières.
C’est ainsi qu’elle décore ses différents palais de soieries venant de Lyon, impressionnée par leur finesse et leur élégance. Les meilleurs spécialistes vont œuvrer à la réalisation de textiles somptueux, par leur dessin très technique et le goût très raffiné de leur composition.
Les brochés, livrés entre 1771 et 1790, sont de véritables chefs d’œuvres, dont certains motifs sont encore en place dans les palais russes, et ils renforcent les liens commerciaux et culturels entre la France et la Russie.

Ksenia Gusarova
Entre imitation et compétition : 
la mode française dans Le Magasin des modes de Sofia Meï

Cet article interroge les choix rédactionnels de Sofia Meï en ce qui concerne les emprunts et l’adaptation de contenus de La Mode illustrée, qui avaient pour objectif de nourrir sa propre revue, Le Magasin des modes [Модный магазин], qui fut lancée en 1862 et devint le phare de la presse féminine en Russie, sous le règne d’Alexandre II. En se concentrant sur une courte période (1863–1865), cette étude de cas met en avant la dynamique des relations franco-russes dans le journalisme de mode. Comme plusieurs autres pays du monde occidental, la Russie dépendait, dans le domaine de la mode, des nouvelles, des images, des marchandises et du savoir-faire en provenance de Paris. La presse de mode russe, y compris Le Magasin des modes, empruntait habituellement des contenus aux revues françaises, surtout des gravures colorées dont elle avait absolument besoin. Néanmoins, images et modes nouvelles étaient en général encadrées de façon à minimiser cette dépendance et souligner l’autonomie des acteurs locaux et particulièrement, de la rédaction du Magasin des modes. L’article traite des stratégies mises en œuvre par Sofia Meï pour construire ce cadre, depuis des omissions sélectives et des transformations discrètes dans ses traductions jusqu’à des tentatives spectaculaires destinées à renverser l’équilibre des pouvoirs dans la mode, comme, par exemple, ses reportages sur les chemises dites « russes ».

Wilfried Zeisler
La mode française et la maison Corbay en Russie

Le succès de la mode française dans l’empire russe remonte au règne de Pierre le Grand qui s’accompagne de nombreuses réformes. L’un de ces changements contraint l’élite locale à adopter la mode occidentale. Les oukases imposés par les souverains et les souveraines de l’empire, parfois contradictoires, tentant d’imposer un costume national à la cour, ont largement contribué à cette histoire. Elle est rappelée dans un premier temps et illustrée par des exemples inédits de la consommation de la mode française, notamment les créations de la maison Corbay, par de grandes clientes. Anciennement Fauvet, la maison Corbay connaît un grand succès auprès de la clientèle russe dès le Second Empire. Ces relations s’essoufflent au cours des années 1890 alors que l’alliance franco-russe est à son acmé. La Révolution sonne le glas des commandes passées par l’élite impériale mais accélère l’influence russe sur la mode française, que les émigrés insufflent sur la création parisienne dans l’entre-deux guerres.

Gwen Van Den Eijnde
Bakst au Wadsworth Museum of Art

L’auteur évoque l’œuvre foisonnante de Léon Bakst, costumier génial des Ballets russes. Prenant appui sur les costumes du ballet The Sleeping Princess (1921) conservés au Wadsworth Atheneum de Hartford, Connecticut (États-Unis), il explique le caractère innovant de l’univers de Bakst et la modernité de sa démarche pour la scène.
Bakst a influencé, depuis un siècle, plusieurs générations de créateurs. Les somptueux costumes, sortis des boites d’archives du Musée, refont surface aujourd’hui comme les témoins d’une histoire passionnante et d’une culture esthétique qui fait se rejoindre le théâtre et la mode. Mais ces costumes relatent également l’épisode moins connu du retour du classicisme dans la dernière décennie des Ballets russes.

Mathilde Héliot
L’avant-garde russe à travers la mode, en URSS puis en France

Dès les années 1910, des innovations voient le jour dans le domaine vestimentaire russe, en lien avec le futurisme. Après 1917, ces recherches vestimentaires sont poursuivies par l’avant-garde artistique dont font partie les artistes constructivistes. Avec l’instauration du pouvoir soviétique et le nouveau cadre de vie qui en découle, l’habillement donne ainsi lieu à des considérations inédites, d’ordre esthétique, fonctionnel et politique. L’objectif de l’avant-garde est de fusionner, pour l’habillement, art, industrie et vie quotidienne, de manière plus ou moins proche ou distanciée des idéaux politiques d’alors. Parallèlement au renouveau vestimentaire en URSS, des artistes d’origine russe installés en France réalisent à la même époque des vêtements rappelant à la fois les arts populaires russes et les recherches contemporaines de l’avant-garde soviétique. La mode féminine française des années 1920 accorde un intérêt au régionalisme et à l’exotisme, en s’intéressant entre autres à une Russie imaginaire. Enfin, certains vêtements conçus en URSS sont présentés en France lors de l’Exposition de 1925. Cette présentation connaît un faible retentissement malgré les prix obtenus par plusieurs exposants soviétiques.

Domitille Éblé
Les inspirations russes dans le travail d’Yves Saint Laurent

Yves Saint Laurent (1936-2008), commence son itinéraire de créateur chez Christian Dior en 1955 et fonde sa propre maison de couture en 1961. Il se retire en 2002. Durant sa longue carrière, la Russie constitue un de ses «  voyages immobiles  », au moins jusqu’en 1976 où il s’y rend pour la première fois. La collection de l’automne-hiver 1976 dite «  Opéra - Ballets russes  » en est certainement la citation la plus connue.
La présente étude se propose d’approfondir les différentes sources d’inspiration que la Russie a représentées pour le travail du couturier, à la fois dans ses collections de mode mais aussi dans ses collaborations avec le monde du spectacle. Nous terminerons notre tour d’horizon par le goût qu’a montré Yves Saint Laurent dans sa vie privée pour tout ce qui se rapportait à la Russie.

Rachel Mazuy
Entre glamour soviétique et fonctionnalité économique :
les représentations de la mode soviétique
 dans France-URSS magazine (1957-années soixante-dix)

La période allant du Dégel khrouchtchévien jusqu’au milieu des années soixante-dix a vu France-URSS magazine  (FUM) développer une représentation de la mode soviétique qui, bien que fidèle au discours officiel de l’URSS, reste ancrée dans un paysage culturel français.
Le magazine doit en effet obéir à une double contrainte : d’une part, la promotion idéologique du modèle communiste et d’autre part, le respect des codes culturels occidentaux, du fait dulectorat visé. Cela se traduit par une rhétorique complexe, jouant sur les codes d’un «  glamour occidental  » très français, tout en valorisant les progrès sociaux et la fonctionnalité économique du modèle soviétique.
Sur le plan stylistique, les articles de mode utilisent comme en URSS un discours et des codes empruntés aux magazines féminins occidentaux. De plus, dans un mouvement que l’on pourrait qualifier de paradoxal compte tenu de l’idéologie, le magazine met en valeur la haute couture française en promouvant les relations franco-soviétiques durant cette période.
Ce regard français se manifeste aussi par la personnalisation des reportages. Afin de crédibiliser son propos, FUM privilégie les récits et analyses de correspondants et de témoins français qui voyagent ou résident en URSS, reprenant un mécanisme de témoignage établi dès les années vingt. Ce regard français laisse transparaître, en filigrane, une évaluation sans doute plus nuancée des réalités soviétiques, notamment concernant les pénuries de biens de consommation ou la manière de s’habiller.
Toutefois, au début des années 1970, la thématique de la mode semble définitivement céder le pas à une approche plus fonctionnaliste et économique, le magazine devenant globalement plus austère.



Paysage de Khakassie - Photo : Elena Jourdan


Éditeur du site : Association Française des Russisants
Directeur de publication : Sylvette Soulié, Présidente de l'AFR
Webmestre : Sylvette Soulié