Isba - Krasnoïarsk - Photo : Elena Jourdan
La tombe de Chaliapine - Cimetière du monastère Novodevitchi, Moscou - Photo : Elena Jourdan
Irkoutsk - Photo : Elena Jourdan
Lac Baïkal : lieu chamanique sur l'île d'Olkhon - Photo : Elena Jourdan
Entre Moscou et l'Oural, vue du train. Photo Philippe Comte, été 2004.
Paysage de Khakassie - Photo : Elena Jourdan
La Moscova et la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou, depuis le parc Gorki. Photo Philippe Comte, été 2004.
Le lac Seliguer, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004.
"Na prestole" (fresque) - Exposition au monastère Novodevitchi, Moscou - Photo : Elena Jourdan
Isba restaurée - Irkoutsk - Photo : Elena Jourdan
Un village dans la région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004.
La place centrale de Torjok, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004.
Krasnoïarsk - Parc naturel "Stolby" - Photo : Elena Jourdan
Un lac dans les Sayans - Photo : Elena Jourdan
"Entrée dans Jérusalem" (fresque) - Exposition au monastère Novodevitchi, Moscou - Photo : Elena Jourdan
Le monastère de Torjok, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004.
Lors du concours de lutte traditionnelle "hourej", dans la République de Touva - Photo : Elena Jourdan
Près d'Ekatérinbourg, le mémorial à la famille impériale. Photo Elena Jourdan
Une église dans la région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004.
Isba - village de Koultouk - lac Baïkal - Photo : Elena Jourdan
Le cours du Ienissï, dans les monts Sayans - Photo : Elena Jourdan
La source de la Volga, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004.

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Chronique d’un voyage autour, mais surtout au bout du monde (chapitre 1).

mardi 27 septembre 2016, par Sylvette Soulié


Chronique d’un voyage autour, mais surtout au bout du monde.

"Chapitre 1. Nome, Providenia, le cap Dejniov.
Avec les transports aériens modernes nous sommes évidemment bien loin du célèbre Tour du monde en 80 jours de Jules Verne. Néanmoins, le 7 septembre, nous nous sommes bel et bien retrouvés au bout du monde, dans un petit port improbable (je cède à la détestable mode actuelle en employant ce mot) au nom de Nome, en Alaska. Étant de par mes origines, ma formation, mon métier et surtout mes intérêts éminemment « russocentriste », je ne m’étendrai pas sur cette localité. Je me contenterai de signaler qu’on y trouve un monument à la mémoire de l’explorateur Amundsen, dont je connaissais bien entendu la renommée, mais dont le nom m’était devenu familier grâce aux lettres de mon arrière-grand-mère, Olga Alexandrovna Voeïkova. Le 18 juin 1928, évoquant les dernières nouvelles internationales glanées tant bien que mal dans les journaux qu’elle pouvait se procurer à l’époque en Union soviétique, elle évoquait l’accident qui avait causé la mort d’Amundsen dans une lettre écrite depuis Leningrad à sa fille, émigrée en Mandchourie.
« Une autre préoccupation mondiale concerne Nobile et son dirigeable qui s’est abîmé. Alors que Norge s’était posé, l’Italie a échoué. Le pôle est difficile à conquérir. Il n’aime pas les yeux curieux, et Nobile s’est vraiment aventuré à la légère (en français dans le texte !) – comment se fait-il qu’il soit parti sans fusil et sans skis ? »
Pour ceux qui auraient du mal à se retrouver dans tous ces noms, donnons les précisions suivantes.
Umberto Nobile (1885-1978) était un constructeur de dirigeables et un explorateur polaire italien ; en 1928 il dirigeait une expédition pour atteindre le pôle Nord sur son dirigeable Italie qui s’écrasa au mois de juin 1928.
Norge était le nom du dirigeable au bord duquel Nobile effectua le 12 mai 1926, avec Amundsen, la première traversée de l’Arctique et mena une expédition polaire.
Le 15 janvier 1929 Olga Alexandrovna revient sur la catastrophe de 1928 :
« […] je suis allée à la Société de géographie, où j’ai écouté une conférence très intéressante, avec photos, sur l’expédition de notre brise-glace parti sauver les Italiens imprudents bloqués au pôle Nord. C’était très intéressant. […] Quelle tristesse de savoir que le célèbre Amundsen a péri durant cette expédition de sauvetage des Italiens. »
Le brise-glace dont il est question ici avait été construit en 1916-1917 en Grande-Bretagne, il s’appelait alors Sviatogor, depuis 1927 il portait le nom du célèbre diplomate soviétique Léonide Krassine. Quant à la Société de géographie, Olga Alexandrovna, comme tous ses proches, en était membre depuis toujours ; avant la révolution, il s’agissait de la Société impériale de géographie. Elle n’aurait manqué aucune des manifestations qui y étaient organisées.
N°1 : le monument à Roald Amundsen à Nome, Alaska
_ Me voilà donc en Alaska, à Nome, devant le monument érigé en 1976 pour célébrer le cinquantenaire du premier vol transarctique effectué en 1926 par Roald Amundsen (1872-1928). (Voir illustration N° 1)
Mais à bord du magnifique bateau de croisière Austral nous serons dans quelques heures à peine dans les eaux territoriales russes. Le fait le plus marquant pour moi fut de constater que dans cette aventure nous avions perdu un jour. Partis mercredi 7 N°2 : le port de Providenia
septembre de Nome, nous voici le lendemain à Providenia (Russie) (Voir illustration N° 2), porte de l’Arctique, comme l’annonce fièrement une affiche défraichie. Mais la date est le vendredi 9 septembre ! Car entre-temps nous avions franchi la ligne de changement de date. Dans la nuit nous fûmes réveillés à une heure indue par une annonce du commandant nous signalant une magnifique aurore boréale à tribord ! Ouf, notre cabine était côté tribord ! Bien décevante, cette aurore boréale. Dans mon ignorance crasse je ne comprenais pas pourquoi on ne pouvait pas attendre que le soleil se soit vraiment levé. Heureusement j’eus droit à un petit cours m’expliquant ce qu’était une aurore boréale, qui n’a rien d’une aurore. Les Anglo-saxons ont été plus précis, en utilisant le terme de Northern Light. (Pas d’illustration !)
Curieusement, Providenia nous fit, à Gilles et à moi, meilleur effet que Nome, ce qui ne fut pas le cas de la majorité des passagers. Les silhouettes rouillées d’énormes grues, l’épave non moins rouillée d’un bateau, le sentiment d’abandon et de délabrement (la base militaire d’autrefois est désaffectée) et, surtout, les formalités policières interminables et très « sov » pour débarquer sur cette terre inhospitalière y furent sans doute pour beaucoup. Néanmoins, la promenade fut appréciée, le traditionnel petit spectacle de folklore local se révéla touchant de modestie et d’application. Pour ma part je filais à la poste (Voir illustration N° 3) acheter quinze cartes postales. Je me fis ouvrir, visiblement par la contrôleuse de la poste qui appela la préposée ad hoc, le kiosque où l’on vendait des objets hétéroclites, journaux, revues notamment, et je ne sais quoi d’autre encore. Il n’y avait pas une seule carte postale de Providenia, mais en revanche de charmantes cartes réalisées d’après des dessins d’écoliers (sans doute un concours scolaire sur un thème du genre « Dessine ta ville »). Je me suis contentée d’un laconique « Bons baisers de Providenia » et n’ai surtout pas omis la date, je peste suffisamment quand je travaille sur des correspondances de trouver des lettres non datées ! Il fallait encore acheter des timbres. 35 roubles pour chaque carte, mais en 3 timbres (20r, 10r et 5r), ce qui occupa Gilles un bon moment, et provoqua ses grognements (pour changer) quand il ne trouvait pas assez de place pour coller tous ces timbres si je m’étais laissé aller à écrire trop gros ! Je me suis adressée une carte à moi-même, trop curieuse de savoir combien de temps mettrait le courrier…En tout cas, il est à parier que peu de gens au monde sont en possession d’une carte envoyée depuis Providenia ! J’espère que mes correspondants apprécieront ! Pour en finir avec l’évocation de mon prurit épistolaire, je fais une entorse à la chronologie de mon récit. J’enverrai encore des cartes postales de Nikolskoïé dans l’île de Bering (île du Commandeur) et de Petropavlovsk. Bref, des seuls endroits où il y avait une poste.
Revenons à Providenia. Dans le musée, le culte de Lénine m’a permis d’apprendre comment on disait « notre étendard » en langue tchouktche (langue des indigènes de l’endroit) (Voir illustration N° 4). A l’épicerie, un Russe venu de Crimée (Voir illustration N° 5) me dépanna en réalimentant mon compte Beeline directement par Internet. Gilles, très soupçonneux, n’a pas arrêté de me demander si j’étais sûre que les 1000 r. que j’avais donnés avaient bien été transférés sur mon compte Beeline. Il fut très étonné d’apprendre que j’avais reçu dans les 3 minutes qui suivirent un SMS m’informant de la transaction.
Le lendemain nous eûmes la grande chance et le grand privilège, les naturalistes du bateau n’en revenaient pas, de visiter pour la première fois le cap Dejniov, la pointe extrême non seulement de la presqu’ile de la Tchoukotka, mais de tout le continent eurasiatique ! (Voir illustration N°6). Première expédition en zodiaque pour les passagers, avec un début un petit peu difficile, en varappe, pour une grande balade (Voir illustration N°7) qui nous a menés jusqu’au monument érigé en l’honneur du cosaque Semione Ivanovitch Dejniov qui, en 1648, découvrit le détroit de Bering qui sépare (86 km) à l’heure actuelle la Russie des Etats-Unis. En entendant le nom de ce détroit, tout spécialiste de l’Union soviétique se souviendra que la dernière édition de la grande encyclopédie soviétique consacra une place démesurée à l’article « détroit de Bering », pour compenser le vide causé par la suppression de l’article consacré à Beria, tombé en disgrâce depuis. La plaque commémorative (Voir illustration N°8) nous rappelle que « Il n’y a pas d’endroit plus cher au cœur que la patrie. Elle nous aide à ne jamais faire fausse route. » Il n’est pas précisé de qui est la citation… Toujours est-il que, même à la pointe orientale extrême de la Russie et du continent eurasiatique, le patriotisme russe ne perd pas le nord !" (A suivre)

Véronique Jobert, septembre 2016

Annexes associées à cet article :



Isba - village de Koultouk - lac Baïkal - Photo : Elena Jourdan


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