Lac Baïkal : lieu chamanique sur l'île d'Olkhon - Photo : Elena Jourdan Isba - Krasnoïarsk - Photo : Elena Jourdan La place centrale de Torjok, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. Lac Baïkal - île d'Olkhon - Photo : Elena Jourdan "Entrée dans Jérusalem" (fresque) - Exposition au monastère Novodevitchi, Moscou - Photo : Elena Jourdan Isba restaurée - Irkoutsk - Photo : Elena Jourdan Paysage de Khakassie - Photo : Elena Jourdan Krasnoïarsk - Parc naturel "Stolby" - Photo : Elena Jourdan Entre Moscou et l'Oural, vue du train. Photo Philippe Comte, été 2004. Lors du concours de lutte traditionnelle "hourej", dans la République de Touva - Photo : Elena Jourdan Un village dans la région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004.
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Cinquièmes Doctoriales en Etudes russes : « Russie : limites et frontières »

vendredi 7 juin 2019, par Sylvette Soulié


Cinquièmes Doctoriales en Etudes russes : « Russie : limites et frontières »

Université de Poitiers

Jeudi 4 et vendredi 5 juin 2020
MSHS, salle des conférences


Organisées tour à tour par différentes universités, les Doctoriales en études russes, créées en 2010 à l’initiative de l’Association Française des Russisants (AFR) et soutenues par elle, ont vocation à rassembler autour d’un thème large doctorants et jeunes chercheurs en études russes, issus de tous les établissements universitaires français. Elles ont pour objectif de leur permettre d’élargir le champ de leur réflexion et, également, de se faire connaître, de se rencontrer et de développer leur réseau au sein de la communauté. Peuvent y participer tous les doctorants, y compris les moins avancés, à qui elles offrent une première occasion d’intervenir publiquement. Les communications de chercheurs post-doctorants ayant soutenu leur thèse il y a moins de quatre ans sont également les bienvenues pour cette édition. Les actes des Doctoriales seront publiés dans un numéro spécial de la Revue russe.


Cette année, nous proposons, pour les Doctoriales, le thème fédérateur des limites et frontières. L’enjeu est de réfléchir sur ces constructions sociales nécessaires, mais problématiques et fluctuantes. Les limites et les frontières ne sont pas, en effet, des lignes ou des zones de partage bien définies, mais au contraire des territoires de passage, de métissage, de porosité, de transfert, d’hybridation, etc. Les espaces frontaliers non seulement divisent des régions, mais aussi permettent des contacts avec d’autres cultures ou encore participent à la réinvention et à la redéfinition continues d’identités culturelles ou linguistiques de pays voisins. Sources de changements, de renouveau, de troubles, voire de conflits, ces zones marginales échappent régulièrement au contrôle des autorités, mais aussi à l’attention des chercheurs plutôt attirés par des oppositions bien définies entre les affaires intérieures et extérieures, l’est et l’ouest, le russe et le non-russe, etc.

Ouverte aux spécialistes de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales (sociologie, économie, géopolitique, histoire, philosophie, linguistique, études littéraires, musicales, théâtrales, cinématographiques…), la rencontre des doctorant(e)s est pensée comme une occasion de dépasser les oppositions et de franchir les frontières des recherches enfermées dans une seule discipline prétendument « purifiée » (Bruno Latour). C’est une thématique fédératrice qui a été choisie, car elle laisse place aux contacts entre diverses approches théoriques et disciplinaires, à la complémentarité et à l’enrichissement réciproques. Les pistes de réflexion que l’on suggère n’ont, bien évidemment, pas de caractère prescriptif : d’autres thématiques et idées seront également acceptées. Les propositions sur des questions d’intermédialité (sur différentes formes d’expression artistique, fictionnelles et factuelles, sur l’hybridation de genres, etc.) seront particulièrement bien accueillies.

Le problème des frontières est prépondérant dans les analyses géographiques, géopolitiques et géostratégiques. La Russie représente, en ce sens, un cas particulier, car, du fait de son agrandissement ininterrompu pendant plusieurs siècles, elle a construit son identité nationale autour de la notion de limites ou plutôt de leur absence (beskrajnjaja Rossija). C’est un État dont une grande partie se définit en référence à des extrémités géographiques comme l’indiquent les dénominations courantes des régions, p.ex. Krajnij sever ou Dal’nij vostok. La conquête continue de ces territoires pose d’ailleurs le problème des limites d’intervention ou d’ingérence dans la vie des peuples autochtones. La question des frontières et des limites peut donc aider à comprendre les relations de la Russie avec ses voisins, mais également les rapports entre différents peuples (ou groupes sociaux) à l’intérieur même du territoire. De nombreux conflits extérieurs et intérieurs qui marquent l’actualité russe et internationale deviennent plus compréhensibles à la lumière des limites et des frontières qui se sont formées au cours de l’histoire.

Du point de vue historique, les périodisations habituelles de la culture européenne ne sont pas entièrement applicables à la Russie : la Renaissance, la Réforme protestante ou les Lumières par exemple sont absentes de l’histoire politique et culturelle russe ou y ont pris des formes spécifiques et développé des limites chronologiques particulières. Les canons religieux orthodoxes, la tradition orale et l’héritage païen ainsi qu’une organisation sociale singulière ont créé un système original de tabous et d’interdits. Les démarcations entre l’intime et le public, l’individuel et le collectif, le masculin et le féminin, etc. présentent des configurations propres et peuvent être décryptées dans des contextes culturels et sociaux différents. Les restrictions et les contraintes sociales portent également à interroger ce qui est considéré comme scandaleux, inadmissible et transgressif. Un recours à la méthode « archéologique » (Michel Foucault) serait particulièrement judicieux pour comprendre comment les barrières et les blocages ont émergé et se sont imposés et par quels biais ils ont été et continuent à être contournés dans les arts ou, plus généralement, dans la vie sociale russe.

La thématique proposée s’applique également à l’étude des contraintes créées par des rôles genrés, par exemple dans les biographies d’artistes femmes (écrivaines, peintres, photographes, etc.) qui, restant souvent à l’ombre et en marge de la vie sociale, ont non seulement réussi à transgresser les impératifs du genre, mais aussi ont occupé une place importante dans le lancement de plusieurs nouvelles tendances culturelles. L’idée de limites et de frontières permet donc d’aborder le problème de la visibilité et de la marginalisation de différents groupes sociaux.

Le thème des frontières se révèle pertinent pour les études littéraires. Le sujet permet d’envisager une multitude de réflexions portant, par exemple, sur les représentations de l’Autre, de l’Etranger dans les œuvres littéraires, ou encore sur la spécificité nationale (narodnost’, russkost’), l’Universalité de l’Homme russe (Dostoïevski), les frontières intérieures de la littérature soviétique (Samizdat), le problème de l’Intelligentsia, coupée du peuple, la construction de frontières imaginaires, etc.

Par ailleurs, la question des limites et des frontières donne accès à la pensée philosophique russe : en effet plusieurs auteurs ont été attirés par des situations, des passions et des moyens extrêmes, comme les fondateurs de l’anarchisme dans leurs élans libertaires, Dostoïevski et Tolstoï dans leur maximalisme moral, les avant-gardistes russes dans leur rêve d’abandonner toutes les traditions, ou encore Tsiolkovski dans son désir d’échapper à l’attraction terrestre. On trouve d’autres formes d’idéalisme, par exemple, dans le gigantisme des projets architecturaux soviétiques ou dans l’attachement passionné des stakhanovistes à des records. Ces derniers exemples montrent que les questions philosophiques et politiques forment des alliages indissociables et influencent inévitablement la vie quotidienne, voire la vie intime. Le thème proposé aux doctorant(e)s cette année peut d’ailleurs conduire à analyser les phénomènes sociaux de la vie de tous les jours auxquels font penser les expressions courantes liées à la notion de limites et souvent connotées négativement : okraina, limita, kommunalka, čelnočnik, bespredel, etc.

L’activité de traduction (le mot perevod évoque d’ailleurs très clairement le passage de frontières) permet également de revenir sur la thématique des limites. Penser la traduction, c’est aussi réfléchir sur la déterritorialisation, le multilinguisme, les identités hybrides, les diasporas (p.ex. Global Russians), les transferts culturels, économiques et politiques, etc.

Dans le domaine de la linguistique, un angle d’attaque possible est la question de l’emprunt qui montre la porosité des frontières entre les langues. On peut aussi évoquer le problème de la norme qui instaure des restrictions dans le fonctionnement de la langue. Des fautes, des erreurs ou des transformations des règles, corollaires de la normalisation, peuvent aussi être étudiées du point de vue proposé par les doctoriales.

Ainsi toute approche de la thématique est-elle intéressante et la multiplicité des points de vue permettra de présenter une vision plurielle des limites et des frontières et favorisera les échanges.

Modalités et contacts :

Date : jeudi 4 et vendredi 5 juin 2020

Lieu : salle des conférences, MSHS, Université de Poitiers

Langues de travail : français, russe ; d’autres langues peuvent être exceptionnellement acceptées

Comité d’organisation :
Sanja Boskovic, maîtresse de conférences, HDR, Université de Poitiers

Olga Clément, doctorante, Université de Poitiers

Charlotte Krauss, maîtresse de conférences, HDR, Université de Poitiers

Galina Subbotina, maîtresse de conférences, Université de Poitiers, membre du CA de l’AFR

Polina Ukhova, doctorante Université de Poitiers, lectrice de russe, Université de Bordeaux


Comité scientifique :

Sanja Boskovic, maîtresse de conférences, HDR, Université de Poitiers

Christine Bracquenier, professeure des universités, Université de Lille

Philippe Comte, maître de conférences, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, vice-président de l’AFR

Evelyne Enderlein, maîtresse de conférences honoraire, HDR, Université de Strasbourg, vice-présidente de l’AFR

Catherine Géry, professeure des universités, INALCO

Régis Gayraud, professeur des universités, Université Clermont Auvergne

Armelle Groppo, maîtresse de conférences honoraire, Université Paris Nanterre, présidente de l’AFR

Charlotte Krauss, maîtresse de conférences, HDR, Université de Poitiers

Serge Rolet, professeur des universités, Université de Lille

Galina Subbotina, maîtresse de conférences, Université de Poitiers, membre du CA de l’AFR

Emails : doctoriales2020@gmail.com ; galina.subbotina@univ-poitiers.fr

Date limite d’envoi des propositions :
Les doctorant(e)s et jeunes chercheur(se)s désirant participer aux doctoriales sont prié(e)s d’envoyer leur proposition de communication (texte de 3000 signes environ, accompagné d’un bref CV) .

Financements : Les frais de logement des doctorant(e)s dans les résidences universitaires retenues par les organisateurs seront pris en charge par l’AFR. Une demande de soutien pour le financement des repas des participant(e)s est en cours auprès des laboratoires MIMMOC et FORELLIS ainsi qu’auprès de l’UFR des Lettres et Langues de l’Université de Poitiers et la MSHS de Poitiers.

Attention : les frais de déplacement seront à la charge des participant(e)s ou de leurs laboratoires.



Le lac Seliguer, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004.


Éditeur du site : Association Française des Russisants
Directeur de publication : Armelle Groppo, Présidente de l'AFR
Webmestre : Sylvette Soulié