La source de la Volga, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. Isba - village de Koultouk - lac Baïkal - Photo : Elena Jourdan Une église dans la région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. Paysage de Khakassie - Photo : Elena Jourdan La Moscova à Moscou, monument à Pierre le Grand de Tsérétéli. Photo Philippe Comte, été 2004. Irkoutsk - Photo : Elena Jourdan Lac Baïkal : lieu chamanique sur l'île d'Olkhon - Photo : Elena Jourdan Entre Moscou et l'Oural, vue du train. Photo Philippe Comte, été 2004. Le lac Seliguer, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. Paysage typique - Sibérie- Photo : Elena Jourdan Près d'Ekatérinbourg, le mémorial à la famille impériale. Photo Elena Jourdan
Isba - Krasnoïarsk - Photo : Elena Jourdan Un village dans la région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. "Entrée dans Jérusalem" (fresque) - Exposition au monastère Novodevitchi, Moscou - Photo : Elena Jourdan Le cours du Ienissï, dans les monts Sayans - Photo : Elena Jourdan Isba - Irkoutsk - Photo : Elena Jourdan Isba restaurée - Irkoutsk - Photo : Elena Jourdan Le monastère de Torjok, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. Lac Baïkal - île d'Olkhon - Photo : Elena Jourdan La tombe de Chaliapine - Cimetière du monastère Novodevitchi, Moscou - Photo : Elena Jourdan La Moscova et la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou, depuis le parc Gorki. Photo Philippe Comte, été 2004. "Na prestole" (fresque) - Exposition au monastère Novodevitchi, Moscou - Photo : Elena Jourdan

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"Pour une formation de qualité en langues et cultures étrangères" : article proposé au journal Le Monde, non publié

samedi 21 février 2009, par Sylvette Soulié


Pour une formation de qualité en langues et cultures étrangères

Depuis de nombreuses années, le Ministère de l’Éducation Nationale affiche publiquement la nécessité de mettre l’accent sur l’apprentissage des langues étrangères. Cette volonté affirmée masque pourtant des choix politiques contraires. Une étape nouvelle vient d’être franchie dans cet antagonisme entre le discours et les mesures. Les associations d’universitaires spécialistes des langues, littératures et civilisations étrangères estiment devoir attirer l’attention sur les implications des dernières réformes que le Ministère souhaite mettre en place dans l’urgence.

La méthode qui consiste à prétendre défendre l’enseignement des langues tout en le fragilisant touche tous les degrés de notre système éducatif, du primaire à l’Université. À l’école, l’excellente initiative qui a rendu obligatoire l’apprentissage d’une langue vivante se heurte aux conditions de son enseignement : confié le plus souvent aux professeurs des écoles, il peut être interrompu à la suite d’une mutation et l’on a vu de jeunes élèves contraints de changer de langue vivante après deux années ; ou bien il est fait appel à des intervenants extérieurs, « locuteurs natifs » dans le meilleur des cas, souvent sans aucune expérience pédagogique, dont la présence d’une année sur l’autre est encore plus incertaine. Une vraie volonté en la matière eût consisté en la création de postes de langues spécialisés dans cet enseignement rattachés à une ou plusieurs écoles. Au lieu de quoi, aujourd’hui, on constate des inégalités flagrantes d’une commune à l’autre, d’une école à l’autre. Dans l’enseignement secondaire, au lycée notamment, la suppression d’une heure de langue par an dans plusieurs sections, de la Seconde à la Terminale, a fait passer de facto l’horaire hebdomadaire de 3 à 2 heures. On fait aujourd’hui en trois années le nombre d’heures que l’on faisait auparavant en deux. Cette perte sèche n’est absolument pas compensée par la possibilité de mettre en place des demi-groupes, car les établissements n’ont pas tous les moyens de les financer. La récente proposition de M. Darcos d’organiser des cours de rattrapage de langue pendant les vacances pour les élèves en difficulté montre bien que le Ministère lui-même est conscient des insuffisances de la formation en langues vivantes. Ne serait-il pas plus judicieux de renforcer dans toutes les filières l’horaire hebdomadaire plutôt que d’improviser des rattrapages de fortune ?

C’est dans ce contexte général de politique d’affaiblissement continu de l’enseignement des langues que s’inscrit la réforme de la formation et du recrutement des enseignants. Il est question de modifier le CAPES, en réduisant considérablement l’importance accordée aux compétences du futur professeur dans la culture et dans la langue qu’il devra enseigner, à l’écrit comme à l’oral. À l’écrit, les épreuves sur programme disparaîtraient. À l’oral, le futur concours ne permettrait plus d’évaluer sérieusement la maîtrise de la langue étrangère. L’aptitude linguistique ne représenterait plus que la moitié de l’une des deux épreuves orales, et un coefficient faible sur l’ensemble du concours. Ceci n’offre pas, à l’évidence, les garanties suffisantes.

Concernant la formation pédagogique des futurs enseignants, d’autres raisons suscitent notre perplexité. Revaloriser la profession en reconnaissant un niveau de formation supérieur est évidemment une bonne chose. Mais dire que la formation des futurs professeurs titulaires du CAPES durera non plus trois mais cinq ans, c’est oublier qu’actuellement déjà un enseignant recruté par le CAPES devient titulaire et ne se voit confier un service complet d’enseignement qu’au terme de cinq années : après au minimum une licence (trois années d’études), il prépare le concours écrit sur programme (partie théorique) pendant un an, se présente ensuite à l’oral et, une fois ces épreuves réussies, reçoit une année de formation encadrée (il donne 6 heures de cours par semaine, alternées avec la formation pédagogique qui constituent la partie pratique du concours). Durant cette dernière année de formation, le futur professeur est rémunéré. Le projet proposé par les Ministères de l’Éducation Nationale et de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche lance d’emblée dans la carrière, avec un horaire d’enseignement complet et sans formation pédagogique approfondie sur le terrain, des étudiants qui auront été, par ailleurs, privés de la rémunération jusqu’ici attribuée aux professeurs stagiaires. Les économies ainsi réalisées pourraient être lourdes de conséquences pour les élèves. Enfin, cette réforme met à mal la possibilité, pourtant essentielle dans nos disciplines, de passer une année à l’étranger dans le cadre des études.

Dans ces conditions, il serait sage que le Ministère renonce dans l’immédiat à ce projet et maintienne le CAPES sous sa forme actuelle au moins jusqu’en 2010, pour prendre le temps d’une véritable réflexion concertée. L’enjeu le mérite. Car au fond, qu’est-ce qu’un enseignant de langue ? Dans un monde élargi, où les hommes et les femmes circulent toujours davantage, où il est essentiel de pouvoir penser ce que nous sommes, comprendre l’autre ne peut se réduire à parler sa langue. Notre métier est aussi, très largement, de permettre l’accès à une culture différente. Une langue n’est pas qu’un outil de communication, elle porte une histoire, une littérature, une vision du monde.

Pour toutes ces raisons, nous demandons au gouvernement de surseoir à un projet manifestement discutable - et largement contesté. La formation des professeurs de langues mérite une réflexion plus approfondie et une réelle concertation.

Texte rédigé par :

Geneviève Champeau, Présidente de la Société des Hispanistes Français (SHF)
Philippe Comte, Président de l’Association Française des Russisants (AFR)
Françoise Lartillot, Présidente de l’Association des Germanistes de l’Enseignement Supérieur (AGES)
Christophe Mileschi, Président de la Société des Italianistes de l’Enseignement Supérieur (SIES)
Jacques Pothier, Président de l’Association Française d’Études Américaines (AFEA)
Jean Viviès, Président de la Société des Anglicistes de l’Enseignement Supérieur (SAES)

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Paysage de Khakassie - Photo : Elena Jourdan


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