Entre Moscou et l'Oural, vue du train. Photo Philippe Comte, été 2004. La Moscova et la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou, depuis le parc Gorki. Photo Philippe Comte, été 2004. Paysage typique - Sibérie- Photo : Elena Jourdan La source de la Volga, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. Près d'Ekatérinbourg, le mémorial à la famille impériale. Photo Elena Jourdan Isba - Irkoutsk - Photo : Elena Jourdan Une église dans la région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. La Moscova à Moscou, monument à Pierre le Grand de Tsérétéli. Photo Philippe Comte, été 2004. La place centrale de Torjok, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. La tombe de Chaliapine - Cimetière du monastère Novodevitchi, Moscou - Photo : Elena Jourdan Le lac Seliguer, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004.
Lac Baïkal - île d'Olkhon - Photo : Elena Jourdan Le monastère de Torjok, région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. Lac Baïkal : lieu chamanique sur l'île d'Olkhon - Photo : Elena Jourdan Le cours du Ienissï, dans les monts Sayans - Photo : Elena Jourdan Isba - village de Koultouk - lac Baïkal - Photo : Elena Jourdan Un lac dans les Sayans - Photo : Elena Jourdan Lors du concours de lutte traditionnelle "hourej", dans la République de Touva - Photo : Elena Jourdan Paysage de Khakassie - Photo : Elena Jourdan Un village dans la région de Tver. Photo Philippe Comte, été 2004. "Na prestole" (fresque) - Exposition au monastère Novodevitchi, Moscou - Photo : Elena Jourdan Irkoutsk - Photo : Elena Jourdan

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La Revue russe 60 - Résumés des articles

lundi 10 juillet 2023, par Sylvette Soulié


Cédric PERNETTE
Les morts de la Kunstkamera de Saint-Pétersbourg : Cadavres au musée ou cadavre de musée ?
De très légitimes interrogations d’ordres éthique et juridique conduisent un nombre croissant de musées à retirer les cadavres (ou leurs fragments) de leurs espaces d’exposition. Les restes humains constituent pourtant parfois le cœur de l’identité du musée, et à ce titre ils rendent difficile la réorientation des collections exposées. C’est le cas du plus ancien musée russe, la Kunstkamera. En plaçant au centre des collections et des espaces d’exposition de très importantes collections anatomiques et tératologiques (acquises notamment auprès du Hollandais Frederik Ruysch), Pierre Ier a, sans le vouloir, détourné son musée des objectifs didactiques universels qu’il lui avait fixés : pour le grand public, la Kunstkamera reste à son corps défendant « musée des monstres et des mutants ». Je propose ici une réflexion sur les divers malentendus ayant entaché l’acquisition et la muséalisation des cadavres de la Kunstkamera, et débouchant sur une véritable malédiction pour l’identité du
musée.

Anaelle LAHAEYE
Un cadavre sur la toile : quelques pistes de travail sur l’étude du motif en histoire de l’art
L’étude du motif du cadavre pour lui-même est rare en histoire de la peinture. Pascale Dubus et Sylvia Girel se distinguent pour y avoir accordé chacune une étude d’ampleur, la première dans une approche théorique consacrée à la Renaissance, la seconde pour la fin du XXe siècle par le biais de la typologie. À leur suite et en prenant l’exemple de la peinture française du XIXe siècle, cet article a pour objet de proposer de nouvelles pistes de travail sur l’étude des dépouilles. Pour ce faire, nous proposons des méthodologies et approches peu ou pas usitées jusqu’à présent afin de souligner leur apport dans la compréhension du motif. Études quantitatives, croisements interdisciplinaires et mise en contexte esthétique se révèlent en effet être de précieuses clefs de décryptage de certaines iconographies et de leurs évolutions.

Daria SINICHKINA
Les portraits post mortem des écrivains russes, d’objets mémoriels à œuvres d’art
Longtemps réservé au cercle intime, notamment parce que le deuil public d’autres personnalités que l’empereur et sa famille était jugé subversif, le portrait post mortem des écrivains russes se fait plus visible dans les années 1860 pour devenir, à partir des funérailles de Dostoïevski en 1881, l’un des éléments constitutifs du culte des écrivains en voie d’institutionnalisation. Dessin, peinture ou photographie, le dernier portrait est à la fois un symbole commémoratif et une œuvre d’art dont l’un des effets est de sublimer la mort du poète, point de départ de l’écriture de sa biographie. Avec la politisation de la mort sous le régime bolchevique, le cadavre de l’écrivain fait l’objet d’une iconographie officielle, partie intégrante des rites funéraires codifiés de la période. Cependant, dans le cadre privé, les dessinateurs et photographes livrent des cadavres d’écrivains et de poètes une vision personnelle qui se fait l’écho visuel de la réception par les contemporains de l’œuvre du défunt artiste du verbe. C’est le cas notamment pour Sergueï Essénine, photographié par Moïseï Nappelbaum quelques heures après son suicide, en décembre 1925.

Claire DELAUNAY
Quand le corps mort interpelle les vivants
Quelques visions de cadavres chez Tolstoï et Dostoïevski
Si nombre de personnages trouvent la mort dans les œuvres de Tolstoï comme de Dostoïevski, que ce soit par la maladie, le meurtre ou le suicide, les cadavres n’y font pas nécessairement l’objet systématique d’une description ou d’un développement particulier. Sans viser une étude exhaustive du traitement du corps mort chez ces deux auteurs, le présent article se propose d’examiner quelques cas où celui-ci vient interpeller les vivants qui sont confrontés à sa vision. Par l’intermédiaire des personnages de l’univers diégétique à travers lesquels le texte livre cette vision, c’est également le lecteur lui-même que ces cadavres viennent interpeller. À partir d’une sélection d’exemples notoires tirés de l’œuvre de Tolstoï, mis en regard avec le cadavre dostoïevskien sans doute le plus illustre, il s’agira de mettre en lumière les différents dispositifs de médiation de la représentation du corps mort déployés et les fonctions dont le cadavre peut être investi dans le texte à différents niveaux.

Jean-Philippe JACCARD
Increvables cadavres
(Harms et Dostoïevski)
Il y a de bonnes raisons de penser que le cadavre qui rampe dans la nouvelle de Daniil Harms La Vieille (1939) n’est autre que celui d’Aliona Ivanovna et que le cadavre de l’increvable usurière de Dostoïevski a migré du rêve pétersbourgeois de Raskolnikov (Crime et Châtiment) dans l’appartement communautaire léningradois du narrateur-écrivain. Plus vivace, à première vue en tout cas, que le cadavre du Christ représenté par Holbein qui terrifie les visiteurs de Rogojine dans L’Idiot, elle amène avec elle dans une Russie en proie au Grand Inquisiteur la notion, très efficace dans ce contexte, de « châtiment sans crime ». Mais surtout, elle traîne avec elle toutes les questions « non résolues » que pose l’œuvre de Dostoïevski dans son ensemble.

Jana KANTOŘIKOVA
La mort de Vénus noire et blanche
L’imaginaire de la femme crucifiée dans les beaux-arts et la littérature entre l’Europe centrale et le monde russe
Le présent article explore les représentations de la crucifixion féminine, qui prolifèrent depuis la seconde moitié du XIXe siècle. La superposition symbolique avec le Corpus Christi ainsi que la référence narrative à la Passion du Christ dotent l’image de la crucifiée d’un cadre sémantique particulier qui l’ouvre aux (auto)projections expérimentales. L’analyse, basée sur des corpus visuels et littéraires des langues française, tchèque et russe, met en évidence les jalons dans l’évolution de ce motif subversif, depuis les portraits de martyres par des auteurs-hommes jusqu’aux « autoportraits » des auteurs-femmes. En se concentrant sur le tournant du siècle et en rendant pertinente la question de l’origine « raciale » des crucifiées, notre analyse montre en somme que la manière de représenter la violence sur les corps tourmentés est loin d’être universelle.

Laetitia Le GUAYBRANCOVAN
Apprivoiser la mort : le cadavre et ses métamorphoses dans les dernières partitions de Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
De santé précaire les dix dernières années de sa vie, hanté par la pensée de la mort, Dmitri D. Chostakovitch (1906-1975) puisa dans ce thème l’inspiration de plusieurs partitions majeures, dont la singulière Symphonie n° 14, op. 135, pour soprano, basse et orchestre créée en 1969, et la Suite sur des poèmes de Michel-Ange, op. 145, pour basse et piano. Deux œuvres qui, à cinq ans d’intervalle, se répondent et marquent une évolution du compositeur dans son rapport à la mort. Fait rare dans l’histoire de la musique vocale russe et soviétique, la Symphonie n° 14 propose une méditation sur la mort individuelle, et non collective (holocauste, guerre), en mettant en musique des textes d’Apollinaire et de Rilke. Entre réalisme cru et sublimation, deux cadavres en décomposition sont le lieu sinon d’une réconciliation du compositeur avec sa fin prochaine, au moins d’un apaisement qui s’exprime cinq ans plus tard dans la Suite sur des poèmes de Michel-Ange.

Laetitia DECOURT
Lectures ironiques du cadavre romantique : gothique, magnétique, satirique
Cet article propose d’explorer quelques-unes des possibilités narratives et poétiques qu’ouvre une figure particulière de cadavre dans la littérature romantique des années 18201840, celle du mort-vivant que l’on trouve dans les récits et nouvelles de Vladimir Odoïevski et Alexandre Bestoujev-Marlinski. L’un des points communs de ces différentes représentations de cadavres consiste dans leur ambiguïté ironique, qui participe aussi bien de la réinterprétation de l’héritage gothique, d’une lecture magnétique du phénomène du revenant, ou encore d’une mise en scène satirique des vices de la société.

Cécile ROUSSELET
Du linceul blanc à la carcasse pourrissante : l’exposition du cadavre comme témoignage des mutations esthétiques et des bouleversements politiques dans la littérature yiddish des années 1910-1930
Si traditionnellement, dans la culture juive, le corps mort est considéré comme impur, et donc rapidement enterré et caché aux yeux de tous, les mutations esthétiques des années 1910 changent la donne. La modernité littéraire s’empare d’autres modèles, nourris par le postromantisme, l’esthétique fin de siècle ou encore l’expressionnisme berlinois, faisant des cadavres les lieux d’une redéfinition d’enjeux tant esthétiques que politiques. Corps sacrifiés, déchirés par les pogroms, mais aussi corps esthétisés, carnavalesques, pourris ou appelant à une transfiguration eschatologique, ils participent d’une reconfiguration complexe d’une société en proie à la violence. C’est à la fois une réflexion sur l’individu pris dans la violence, la place de la littérature yiddish par rapport aux modèles européens et un questionnement sur les pouvoirs de la littérature à l’aube du XXe siècle que propose l’examen des cadavres dans la prose yiddish.

Tatiana DROBOT
Métaphores et biopolitique du cadavre vivant dans les utopies de Nikolaï Fiodorov et Alexandre Bogdanov
Après avoir introduit rapidement les présupposés qui rapprochent et distinguent le rapport à la mort chez Nikolaï Fiodorov et Alexandre Bogdanov, nous nous intéressons à la façon dont ils redéfinissent les devoirs moraux des hommes vis-à-vis de la vie et de la mort. L’analyse porte sur trois grands thèmes par lesquels Bogdanov et Fiodorov pensent la transformation du monde. L’opposition de la vie vivante et de la vie morte nous amène chez Bogdanov à la figure du vampire, personnage de fiction ou symbole de la dégénérescence idéologique et morale, et chez Fiodorov à un retournement de ce discours. Il transfigure le cadavre et esthétise la mort en redéfinissant l’homme comme muséographe, conservateur et restaurateur du vivant disparu. Pour finir, nous voyons dans l’échange de force vitale et la régénérescence différentes visions du contrôle et de l’entraide dans la vie et la mort, qui tendent à faire disparaître le cadavre.

Bella OSTROMOOUKHOVA
« Un univers sans sexe et ni mort ».
Le cadavre dans la littérature jeunesse dans la Russie contemporaine

Alors que la mort a toujours été présente dans les narrations destinées aux enfants, les cadavres en sont généralement absents : le parent d’un personnage de conte meurt sans laisser de trace et c’est justement son absence qui est signifiante pour l’histoire ; le jeune héros mort pour sa patrie soviétique est transformé en monument. De plus, on observe une tendance récente, en Russie, à vouloir éviter le sujet de la mort dans les livres destinés aux jeunes lecteurs, sous prétexte qu’il s’agit là d’un sujet qui ne convient pas à l’enfance. Toutefois, des maisons d’édition indépendantes, spécialisées dans des ouvrages à propos de sujets réputés comme « difficiles », tentent d’inverser cette tendance en publiant des ouvrages étrangers portant sur ce sujet. Alors que certains de ces livres présentent la mort de façon métaphorique, comme un événement presque joyeux, d’autres – notamment certains auteurs scandinaves ou allemands – affrontent le cadavre dans ce qu’il a de plus concret, de physiologique, afin d’emmener le jeune lecteur à dépasser la peur ou le dégoût. Ces livres sont reçus de manière inégale par les parents de lecteurs, dont les commentaires reflètent parfois des textes de lois et reproduisent la vision du monde véhiculée par le pouvoir russe.



Isba restaurée - Irkoutsk - Photo : Elena Jourdan


Éditeur du site : Association Française des Russisants
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